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The International School for Holocaust Studies

Commémoration de la Shoah et lutte contre la xénophobie – 27 janvier


Travaux pratiques pour élèves des collèges et des lycées
Durée: une heure

Contenu:

Introduction

Au cours des dernières années, certains pays européens ont instauré une Journée du souvenir de la Shoah. Ainsi le Danemark, l’Allemagne, l’Italie, la Suède et le Royaume Uni ont décidé qu’une fois par an, le 27 janvier – jour anniversaire de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz par l’Armée rouge – des cérémonies et des manifestations spéciales seraient organisées pour commémorer le souvenir des victimes de la Shoah.

En dépit du fait que plusieurs gouvernements européens aient institué cette Journée du souvenir, le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie continuent de sévir. Manifestement, comme l’indique un récent rapport rédigé sur l’initiative de l’Union européenne, l’antisémitisme connaît un regain inquiétant dans nombre de pays européens.

Soucieuse de sensibiliser la jeune génération aux enseignements de la Shoah et d’étayer la prise de conscience de la recrudescence de l’antisémitisme sur le continent européen, l’École internationale pour l’étude de la Shoah de Yad Vashem a conçu cette activité destinée aux élèves des collèges et lycées. Nous avons choisi d’insister sur la discrimination dont furent victimes les adolescents juifs pendant la Deuxième Guerre mondiale – des adolescents qui avaient l’âge de nos élèves – et d’instruire ces derniers sur les répercussions actuelles de l’antisémitisme et de la xénophobie.

Contexte historique

En 1933, quelques mois à peine après l’accession d’Hitler au poste de chancelier allemand, des mesures d’ostracisme des élèves juifs des établissements scolaires publics furent initiées. Il suffit d’une quinzaine de jours pour que les élèves juifs de l’Allemagne nazie deviennent des parias. Comme l’écrivait Martin Buber, célèbre philosophe du XXe siècle, « … Tu avais un ami ; comme la lumière du soleil, cet ami te semblait acquis une bonne fois pour toutes ; et tout à coup il te devient totalement étranger, il se met à te narguer. Tu avais un professeur qui, par sa seule présence, te donnait un sentiment de sécurité ; du jour au lendemain, il devient muet, il ne répond plus aux questions. Là où hier tu jouais avec tes camarades de classe, tu n’es plus le bienvenu. »

Le 15 novembre 1938, les élèves juifs sont officiellement renvoyés des écoles allemandes conformément à la loi promulguée après la Nuit de Cristal prévoyant le renvoi des juifs de tout le réseau scolaire allemand, même là où existaient des classes spéciales pour juifs. Inquiétés par l’atmosphère antisémite et par les mesures vexatoires et discriminatoires appliquées par les enseignants et les élèves non juifs, certains parents n’attendirent pas la promulgation de cette loi pour retirer leurs enfants des écoles publiques allemandes et les inscrire dans des établissements scolaires juifs.

Travaux pratiques et débats

'Le nez juif est recourbé sur les bords. Il ressemble à un six.'
'Le nez juif est recourbé sur les bords. Il ressemble à un six.'

A- Travaux pratiques

Ce dessin est extrait d’un ouvrage antisémite pour enfants appelé « Le champignon empoisonné » indiquant la manière d’identifier les traits caractéristiques de la « race juive. »









Discussion en classe:

  1. La propagande dans la littérature pour enfants
  2. Le rôle du système éducatif dans la diffusion des idées antisémites
  3. L’endoctrinement
  4. Stéréotypes et démonisation à travers les symboles
  5. Comment décririez vous la caricature antisémite tracée sur le tableau noir?

B- Lis les témoignages suivants rédigés par deux élèves juifs, Moshé Sandberg (Sanbar), 17 ans et Rosemarie Moskin, 14 ans, racontant leurs expériences à l’école

Moshé Sandberg-Sanbar
« … Un prof en particulier mit tout son acharnement à m’humilier. C’était un prof d’histoire du nom de Bencur. Pendant un cours, il se mit à citer un passage d’un discours d’Hitler préconisant que les juifs disparaissent de la face de la terre. Se tournant vers moi, il me demanda ce que je pensais de ce discours et plus spécialement de ce passage. Je ne savais pas quoi répondre, je crois que je n’ai rien dit. Alors, il s’est mis à hurler que je traitais cette question comme je le traitais, lui et tous les autres profs, avec insolence, et il finit par me renvoyer. »[1]

Rosemarie Moskin
« J’étais assise seule au fond de l’auditorium, me demandant pour quelle raison le principal de notre collège nous avait convoqués. Sans même écouter attentivement ses paroles, je savais ce qu’il allait nous dire. « Un jour, le jour où vous reviendrez parmi nous, nous vous accueillerons à bras ouverts. Mais pour l’instant, il faut nous séparer. J’ai le cœur lourd en vous annonçant cette nouvelle. Mais je n’ai pas le choix. »

Thèmes de débat

  1. Comment décrirais-tu les caricatures antisémites figurant sur le tableau, en bas de l’affiche, à droite ?
  2. Compare l’attitude du professeur de Moshé et celle du principal du collège de Rosemarie. À ton avis, le principal du collège de Rosemarie était-il antisémite ? Justifie ta réponse.
  3. En fin de compte, Rosemarie et Moshé ont dû tous deux quitter leur école. L’attitude de ces deux éducateurs envers leurs élèves était certes différente, mais les conséquences furent les mêmes. Pouvons-nous ranger ces éducateurs dans une seule et même catégorie ?
Incidences contemporaines de l’antisémitisme

Si la Shoah a sévi il y a soixante ans environ, l’antisémitisme n’a pas pour autant disparu. Il serait simpliste de comparer la situation actuelle avec celle de l’Allemagne nazie des années trente. Somme toute, de nos jours les juifs d’Europe sont des citoyens, égaux en droits, d’Etats démocratiques, jouissant de tous les droits civils protégés par la juridiction de leur pays.

Mais il reste que, dans plusieurs pays européens, Des élèves juifs et leurs familles ont récemment été victimes de violences antisémites. Des synagogues ont été incendiées, des cimetières juifs profanés et tagués de croix gammées, des graffiti « Mort aux Juifs » et « Les Juifs aux chambres à gaz » inscrits sur les murs de quartiers à forte concentration de population juive.

Il y a quelques semaines, en décembre dernier, un jeune élève de onze ans du célèbre Lycée Montaigne de Paris, situé dans le XVIe arrondissement, a été molesté à plusieurs reprises. Selon les rapports des médias, ses assaillants l’ont prévenu qu’ils « parachèveraient le travail d’Hitler ! » De même, au quartier d’Edgware à Londres, un élève juif de quatorze ans a été battu à coups de poing et de pied, et traité de « sale Juif » par une bande d’adolescents.

Sous la République de Weimar, les nazis avaient eux aussi commencé par insulter les juifs. Une fois arrivés au pouvoir, en 1933, les menaces verbales ont été progressivement suivies par des mesures de discrimination économique, et plus tard par des massacres. Il est important de se souvenir que la cruauté des hommes envers leurs semblables n’a pas été inventée à Auschwitz. Elle est la conséquence directe de la diabolisation systématique des juifs : autrement dit de l’antisémitisme.

Les injures antisémites du genre « Les Juifs au four » font référence aux fours crématoires érigés à Auschwitz et dans d’autres camps d’extermination nazis pendant la Shoah. Ce 27 janvier, jour anniversaire de la libération d’Auschwitz, nous ne rendons pas seulement hommage aux êtres humains exterminés pour la seule raison qu’ils étaient juifs. Nous examinons aussi dans quelle mesure la Shoah influe sur les slogans antisémites actuels. Nous apprenons à combattre l’antisémitisme qui sévit dans notre environnement immédiat.

En luttant contre l’antisémitisme moderne et contre toutes les expressions de xénophobie dans nos écoles respectives, nous perpétuons le souvenir de la Shoah et mettons en pratique ses enseignements universels.

Comme l’a écrit Martin Niemoller, un pasteur luthérien connu à l’époque de la Shoah : « Ils ont commencé par s’en prendre aux communistes ; comme je n’étais pas communiste, je n’ai pas protesté. Ensuite, ils s’en sont pris aux juifs ; comme je n’étais pas juif, je n’ai pas protesté. Après quoi, ils s’en sont pris aux catholiques ; comme je n’étais pas catholique, je n’ai pas protesté. Et lorsqu’ils sont venus me chercher, il n’y avait plus personne pour protester. »

Thèmes de débat et suggestions d’activités

  1. Quelles sont les conclusions à tirer des phrases du pasteur Martin Niemoller ?
  2. Es-tu au courant d’incidents antisémites dans ton école ou dans la région où tu vis ? Dans l’affirmative, comment, à ton avis, ont-ils été gérés par les autorités ?
  3. 3. Penses-tu que l’histoire se répète ? Justifie ta réponse.

[1] I. B. Tatelbaum, Through Our Eyes: Children Witness the Holocaust, Yad Vashem, Jerusalem, 2004. Cité avec l’autorisation de l’auteur.