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The International School for Holocaust Studies

L’approche méthodologique de Yad Vashem pour l’enseignement de la Shoah

par Shulamit Imber, directrice pédagogique
Ecole Internationale pour l’enseignement de la Shoah – Yad Vashem

(traduction de Laura Fontana, Rimini – Italie, participante au séminaire en français 2006)

L’humain au cœur de l’histoire

Pour comprendre les événements historiques notre approche pédagogique place l’être humain, l’individu, au centre de l’enseignement de la Shoah. Se confronter à ce sujet ne doit pas nous amener à considérer ce fait “simplement” comme une extermination de masse, un produit de la politique nazie, une simple statistique des victimes ou bien comme la suite d’une série d’événements historiques, politiques et militaires. Ceci implique au contraire un effort pour comprendre l’âme humaine, ses ressources et ses comportements, étant donné qu’à cette époque terrible les individus ont dû se confronter à des défis difficiles, faire face à des épreuves et à des dilemmes d’ordre éthique.
L’histoire de la Shoah est avant tout une histoire humaine, faite par des hommes et qui parle des hommes. Toute enquête et tout débat autour des victimes, des bourreaux ou de tous ceux qui sont restés des spectateurs indifférents, devrait s’efforcer de comprendre et de connaître la psychologie des êtres humains ayant vécu cette histoire. La rencontre entre les étudiants et les personnes “ordinaires” ayant vécu pendant les événements de la Shoah, la connaissance de leurs vies quotidiennes peut nous servir comme base d’appui pour développer un meilleur travail éducatif, bien plus significatif.
Il est alors important de ne pas minimiser l’histoire des vies “ordinaires”, de consacrer plus d’attention non seulement aux héros de la Résistance ou à tous ceux qui commis ces crimes et ces violences atroces, mais aussi aux personnes qui ont été confrontées à de terribles difficultés et à des dilemmes d’ordre moral, tous ceux dont nous avons souvent perdu le nom et qui ont disparu dans la Shoah. C’est seulement grâce à cette nouvelle perspective qu’il sera possible de tisser un lien plus intime entre les étudiants et le sujet de la Shoah, et ainsi commencer à se confronter à la question de la comparaison historique de la Shoah, à savoir celle des différences et des affinités entre notre époque et celle de la Shoah.
Nous devons explorer la question de la responsabilité et réfléchir sur le fait que des personnes (des Juifs et des nazis, mais aussi tous ceux qui ont décidé d’assister aux événements sans intervenir) se sont trouvées à un certain moment de leur vie au croisement des chemins, celui où ils devaient faire des choix. Travailler sur les dilemmes et les défis que ces personnes ont dû affronter nous permet d’avoir une approche éducative qui ne s’intéresse pas à un événement simplement en tant que fait du passé, mais qui vise, à partir d’une situation historique particulière, à mieux comprendre et écouter la voix humaine universelle.
Mettre un nouvel accent sur les détails de la grande histoire, enrichir l’histoire de la Shoah avec des visages ressurgis du passé, s’efforcer de comprendre la complexité de l’âme humaine, tout ceci représente une grande ressource pour prévenir le risque de banaliser le sujet et de le transformer en une thèse monolithique.
Telles sont les bases de tout notre travail éducatif et pédagogique.

Dialogue interculturel

Les historiens visent aujourd’hui à développer l’aspect narratif d’un passé ouvert à une série d’interprétations et de connaissances qui sont en partie influencées par la perspective de celui qui relate l’événement.
L’Ecole Internationale pour l’Enseignement de la Shoah utilise ces connaissances pour élaborer son travail pédagogique et éducatif.
La prise de conscience de ces processus et aussi de nombreux aspects qui forment la mémoire de la Shoah est l’un des points-clé de notre activité éducative, ce qui nous permet de développer un dialogue entre les enseignants et les éducateurs des différents pays.
Nous pensons que comprendre d’autres points de vue et d’autres perspectives nous permet d’élargir nos connaissances et cela nous donne également une bonne opportunité pour explorer notre identité, notre passé et notre mémoire. Le respect et la sensibilité envers les autres points de vue sont l’une des valeurs fondamentales de l’activité pédagogique que notre Institution s’efforce de développer et de transmettre.
Le matériel didactique ainsi que les séminaires de formation que nous réalisons sont les outils privilégiés pour diffuser ces valeurs.

L’héritage des rescapés de la Shoah

Les rescapés de la Shoah jouent un rôle central dans la reconstruction de l’histoire de cet événement, ils donnent vie à la mémoire, à la commémoration et au travail éducatif. Les témoignages et les rencontres avec les témoins ayant survécu à la Shoah peuvent vraiment nous aider à transmettre aux nouvelles générations les événements historiques et leur mémoire. L’inéluctable disparition de cette génération de témoins représente un défi à relever par tous les éducateurs du monde, afin de trouver de nouvelles méthodes d’enseignement de l’histoire et de perpétuer le souvenir et l’héritage moral des rescapés aux jeunes générations qui n’auront plus de possibilité d’avoir un contact direct avec ceux qui ont vécu la Shoah à la première personne.

L’enseignement des valeurs juives et des valeurs universelles

L’extermination de masse des Juifs pendant la Shoah fut le résultat d’une idéologie raciale radicale, dont le but était celui de détruire les valeurs éthiques préexistantes et d’anéantir physiquement la nation juive - identifiée comme créatrice de la morale humaine -le Peuple qui transmis à l’humanité les Dix Commandements et son avertissement “Ne tue pas”. L’Ecole Internationale pour l’Enseignement de la Shoah, parmi ses objectifs pédagogiques prioritaires, s’efforce de transmettre ces valeurs à la fois juives et humaines, des valeurs bafouées par les Nazis. Ses programmes éducatifs enseignent les valeurs universelles qui promeuvent les droits humains et la responsabilité individuelle afin de combattre le racisme et la xénophobie.

Une approche pour tous les âges

Les éducateurs et les psychologues s’accordent en ce qui concerne un enseignement des valeurs éthiques s’adressant de façon précoce à des classes d’élèves toujours plus jeunes et, par conséquent, ils développent des programmes éducatifs adaptés à tous les âges.
Yad Vashem est de l’avis que tout élève est à même de se confronter à l’histoire de la Shoah s’il reçoit une approche adaptée à son âge. Un programme éducatif approprié devrait alors être créé pour chaque niveau de façon à permettre l’étude de différents aspects de l’histoire humaine de cette période, selon l’âge des élèves. Cette méthode permettra d’intérioriser ces valeurs et également, du moins on l’espère, de construire une identité morale individuelle et finalement de bâtir une société plus juste.
La rencontre de l’élève avec le passé et ses dilemmes éthiques sera ainsi intériorisée et l’aidera à développer une prise de conscience concernant sa propre formation identitaire ainsi que sa morale personnelle.

L’approche multidisciplinaire

L’étude de la Shoah comme expérience humaine va au-delà de la simple connaissance historique. Si l’on montre le côté humain de la Shoah, on comprendra forcement mieux les différents aspects de l’esprit humain qui doivent être intégrés dans le processus d’apprentissage et d’éducation. Ces aspects comprennent la connaissance de l’art, de la littérature et de la philosophie de cette période, ce qui nous permet de mieux comprendre et analyser la psychologie humaine, qu’ont ne peut pas toujours faire ressortir par la simple étude des documents historiques.

Les Justes des Nations

La Shoah a été l’événement historique qui a vu, au degré extrême, la capacité de l’homme à détruire et à anéantir d’autres hommes. Néanmoins la Shoah a été également un événement historique qui a permis à des hommes d’avoir envers d’autres des gestes de courage et d’altruisme.
La coexistence de ces deux aspects opposés existant dans l’esprit humain doit représenter un avertissement constant en ce qui concerne nos choix éthiques et nos comportements dans la vie.
Reconnaître l’importance des actions courageuses des sauveteurs - les Justes des Nations - a amené l’Etat d’Israël il y a 50 ans à compléter la loi qui a permis la création de Yad Vashem.
Depuis l’époque de sa création, notre institution s’est donnée la mission de localiser, identifier, valoriser les gestes et les actions de tous ceux qui dans le monde se sont comportés comme des sauveteurs. Il s’agit aujourd’hui de plus de 22.000 personnes, des hommes et des femmes qui sauvàrent des Juifs innocents au péril de leur propre vie et qui ont été reconnus comme Justes des Nations.
Leurs histoires représentent sans aucun doute un outil pédagogique précieux, très efficace et cet effort de retrouver et de valoriser les Justes est quelque chose d’unique dans le monde.

Conclusion

Les enseignants qui désirent transmettre à leurs élèves les valeurs de ce chapitre important de l’histoire humaine devraient d’abord entreprendre un parcours de formation personnelle, afin d’acquérir un solide bagage de connaissances. Seulement après avoir acquis les informations nécessaires et une fois qu’ils se sentiront vraiment prêts à s’engager dans ce sujet, nous serons à même de leur proposer nos pistes de parcours pédagogiques et nos différentes approches d’enseignement de la Shoah.
Les méthodes didactiques et les matériaux pédagogiques de Yad Vashem pourront alors leur fournir des instruments précieux pour enseigner et transmettre aux jeunes générations du 21e siècle l’histoire et la mémoire de la Shoah.